mardi 31 mai 2016

Miraculée après une chute de 300 mètres au glacier Rond

Chamonix : miraculée après une chute de 300 mètres au glacier Rond



Elle raconte avoir vécu un moment de « terreur absolue ». Finlandaise d’origine et résidente chamoniarde, Minna Riihimaki est une freerideuse bien connue dans la vallée de Chamonix. Pourtant, les montagnes, elle va devoir s’en passer quelque temps, blessée au genou et clouée jusqu’à mardi dans un lit de l’hôpital de Sallanches. « J’ai le plateau tibial pulvérisé en mille morceaux, indique-t-elle, dépitée. Je vais ensuite devoir aller en centre de rééducation à Passy pendant trois mois. » Après une opération de quatre heures, elle a reçu une greffe osseuse et craint de devoir vivre avec une prothèse.
L’origine de sa blessure, une chute de 300 mètres survenue mardi matin alors qu’elle skiait dans la partie haute de la première partie du glacier Rond, à Chamonix. Elle raconte avoir été gênée par le comportement indélicat d’un autre skieur.

« Son sluff arrivait juste à côté de moi, ça coulait beaucoup »

Ce jour-là, la quadragénaire avait souhaité profiter de la neige fraîche tombée la veille et d’une météo favorable le jour J. Avec trois amis, elle s’est dirigée vers le glacier Rond, peu exposé au soleil en ce milieu de matinée. « Deux premiers amis sont descendus, l’un après l’autre. » Chacun attendant que le précédent ait fini sa descente pour se lancer. « C’est comme ça qu’on progresse dans ces pentes ».
Puis vint le tour de la freerideuse. Minna Riihimaki se souvient des quatre premiers virages : « On sentait le fond dur des jours précédents sous la neige légère qui coulait sous les skis ». Alors qu’elle se trouvait au milieu de la pente, elle s’est décalée sur la droite, où elle trouvait la neige meilleure. Jetant un œil sur « ce qui se passait au-dessus », elle a alors aperçu un skieur qui s’était élancé derrière elle. « Son sluff (NDLR, coulée de surface) arrivait à côté de moi, ça coulait beaucoup. J’ai décidé de ne pas rester là. »

De « longues minutes d’angoisse »

Retournant sur la gauche, elle a glissé sur une neige plus glacée « avec une vitesse trop importante car je voulais traverser mon sluff ». Et elle a entamé sa longue chute. « Grâce à la neige amassée suite au passage de mes deux prédécesseurs, je me suis arrêtée juste avant le sérac suspendu, à l’aide du ski qui me restait, sans quoi j’aurais peut-être chuté dans les rochers… » Et sans quoi elle ne serait peut-être pas là pour en parler.
La présence de skieurs parfois peu expérimentés sur des pentes difficiles est une chose « gérable si on arrive à comprendre ce qu’on fait ». Ce que Minna regrette surtout, c’est « l’irrespect des règles de base du ski de montagne » par certains. « Des gens excités qui se laissent guider par leur recherche égoïste du plaisir du ski. »
Pire encore : elle décrit de « longues minutes d’angoisse » entre sa chute et l’arrivée de l’hélicoptère des secouristes en montagne, d’abord occupé sur une autre opération puis gêné par la météo : « Pendant tout ce temps, les gens ont continué à skier la pente et à envoyer de la neige sur moi. » Une trentaine de personnes selon elle, mettant sa vie en danger. Pas de doute, Minna est une miraculée.
Le témoignage de Minna ne surprend par le guide de haute montagne Stéphane Dan : « Comme toutes les autres, c’est une discipline sportive qui évolue et de plus en plus de monde pratique le ski de pente raide avec plus ou moins d’expérience ». Il décrit le glacier Rond comme un « festival » : « C’est une pente accessible, donc il y a du monde. Une ambiance que je n’aime pas du tout et dont je m’écarte de plus en plus, en tant que guide ou même pratiquant. »
Malgré l’« euphorie » de certains skieurs, le site reste une pente raide où l’on trouve « une neige excellente mais qui coule, qui crée un sluff qui peut se transformer en demi-avalanche », insiste le Chamoniard de 49 ans. « Il faut respecter un minimum les règles de sécurité sur ces itinéraires engagés : ne jamais skier au-dessus de skieurs qui sont exposés en dessous ».
Par Rémi MILLERET 
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